ATTRAPE MON COEUR, HOLDEN

Adaptation de l’Attrape-Coeurs de Salinger

Adaptation de l'Attrape-Coeurs de Salinger Cette nouvelle création de la Bande J est une mise en abîme de la figure adolescente au travers du temps: une rencontre entre la jeunesse d'aujourd'hui et celle d'après-guerre. En 1951, Salinger publie The Catcher in the Rye (L'attrape-coeurs) qui devient rapidement un roman phare sur l'adolescence, lu avec passion par des générations successives. Un mystère, un mythe, une alchimie d'émotions, Salinger a ouvert la voie à une nouvelle littérature. Son personnage, Holden, est un jeune homme attachant, décalé et différent: un antihéros au coeur tendre qui attrape le nôtre. De nombreux lecteurs et écrivains sont nés avec L'attrape-coeurs. Découvrir ce roman à 15 ans, c'est comme rencontrer la seule personne capable de vous comprendre.
La Bande J est composée de jeunes acteurs passionnés et très engagés. Le public, dont de nombreuses classes, a pu les apprécier dans leurs trois dernières créations: Les Misérables, Sauve qui veut la vie et Dans la peau du monde. Ils aiment les défis et sont en quête d'aventures fortes à vivre et à construire en groupe. Il est fort à parier que leur plongée dans ce récit phare des années 50 embarque le coeur du spectateur. La Bande J
  • Basile Campanelli
  • Chloé Chevalley
  • Romane Golan
  • Baptiste Homère
  • Jeremy Huescar
  • Annaïk Juan-Torres
  • Grégoire Manghi
  • Elisa Marti
  • Jérémie Nicolet
  • Charlotte Piguet
  • Alic Ribordy
  • Georgia Rushton
  • Alice Thévenoz
  • Lucien Thévenoz
  • Johan Walthert
  • Matthieu Wenger
Adaptation Nathalie Jaggi Mise en scène Nathalie Jaggi et Evelyne Castellino Chorégraphie Nathalie Jaggi Assistants Séverine Geroudet et Philippe Verlooven Stages chorégraphiques avec Verena Lopes, lua Gomes et Markus Schmidt Vidéo Francesco Cesalli avec la collaboration des interprètes Bande son Jacques Zürcher Costumes Spooky Dolls Surgery Recherches musicales Nathalie Jaggi et Philippe Verlooven Lumière et régie Janos Horvath Régie son Romain Battiaz Régie vidéo Franscesco Cesalli Attachée de presse France Jaton Administration et affiche Evelyne Castellino Photographe Pierre-André Fragnière

7 secondes : l’Amérique en question

Source: La Pépinière
Publié par Magali Bossi
Photos : ©Aline Zandona

“Jusqu’où doit aller l’obéissance ? La guerre est-elle un jeu désincarné ? L’autre est-il moins humain que nous-mêmes, parce qu’il est lointain ? Ces questions étaient celles posées en mai par 7 secondes (in God we trust), jouée à la Parfumerie par la Bande J.

Un homme, dans un avion, perdu dans le ciel. Dans ses soutes, quelque chose de terrible, qu’il doit faire exploser. En-dessous, l’inconnu : un désert, un village, une ville ? Des civils, peut-être.

À des milliers de kilomètres, la famille de l’homme prépare un pique-nique. Donuts, gamins insupportables et mère peroxydée. Une sortie d’autoroute et des idées étriquées. Mais surtout, une émission de télévision qui dit la vérité sur Nous et Les Autres : In God We Trust.

Entre les deux : un ange qui observe. Narrateur, protecteur, spectateur ? Un peu des trois. Et qui met en lumière les contradictions destructrices d’un monde contemporain devenu trop manichéen.

Résumer 7 secondes (in God we trust) du dramaturge allemand Falk Richter, c’est emprunter des raccourcis pour démêler un enchevêtrement complexe de niveaux qui s’interpénètrent. Les personnages se croisent et se recroisent – l’aviateur, sa famille, l’ange… mais aussi un scénariste pédant qui veut adapter l’histoire de l’aviateur, des foules aux identités indistinctes (troupes d’acteurs ? public d’un show télévisé ? voix de la population ?), des corps qui se meuvent et se rencontrent pour se séparer aussitôt.

Les jeunes acteurs de la Bande J ont tous entre 17 et 21 ans ; quoi de plus normal, lorsqu’on sait qu’ils composent la troupe junior de la Cie Acrylique[1]. s’emparent de 7 secondes (in God we trust) avec une maestria rare. Ce ne sont plus seulement les mots de Richter qui remettent en question l’obéissance, les ordres, les relations hiérarchiques, le rôle de l’armée, l’aveuglement des masses et l’absence d’esprit critique – ce sont aussi les gestes, les regards, les mouvements. Dans la mise en scène d’Evelyne Castellino et Lino Eden, la pièce fait une grande part au montage et à la rencontre entre les arts : le chant fait place au texte, la danse est omniprésente, attestant de la polyvalence des jeunes artistes, qui alternent jeu d’acteurs et prouesses de danseurs sans difficulté.

Comment cerner l’émotion que construit 7 secondes (in God we trust) ? Le mieux serait, peut-être, d’isoler quelques moments – comme autant de coups de poings destinés à remettre le monde sur un axe moins bancal. Ou du moins, à essayer.

La sensation, d’abord, de n’avoir pratiquement pas respiré durant plusieurs minutes. Pas par crainte ou énervement, mais par fascination devant l’incipit de la pièce : d’un groupe homogène de silhouettes serrées les unes contre les autres, des ombres se détachent. Elles avancent, lentes ou rapides, assurées ou timides, incertaines ou extravagantes. Sur de la musique ? Impossible de s’en souvenir. Mais elles vont et viennent, atteignent le bord du plateau, repartent en arrière. Elles alternent les sauts, la course, les virevoltes… Elles capturent le regard sans rien raconter, encore. Face à ce mouvement hypnotique, peu importe alors de découvrir l’histoire qu’ouvre cette étrange scène. Peu importe, même, de respirer.

Le sentiment, ensuite, de prise de conscience progressive. L’aviateur de 7 secondes (in God we trust) n’est pas présenté frontalement au public ; il ne lui livre pas de réponses toutes faites – pour la simple et bonne raison qu’il n’en a pas. Il se dévoile par la bande, tandis que les mots tournent dans sa bouche et dans sa tête, tout occupé qu’il est à démêler la situation inextricable où il se trouve. Le doute, l’incompréhension, la peur, la colère, l’indifférence, la remise en question sont autant d’étapes que l’aviateur traverse, prisonnier dans son cockpit. En bout de course, la seule interrogation qui compte : obéir ou ne pas obéir.

La réflexion, enfin, d’être face à la caricature réelle d’une réalité caricaturale. Dans son jardin, perdue quelque part au Texas ou dans le Colorado, la gentille-petite-famille-américaine s’installe devant la télévision pour regarder son show préféré : In God We Trust, l’émission qui dit la vérité sur le monde et le président, sur les guerres que nous avons raison de mener, sur nos soldats qui se battent dans des pays dont nous ignorons le nom mais contre des gens qui sont forcément méchants. On imagine presque les majuscules qui légitimeraient ce point de vue. Et ce programme est celui d’un monde dans lequel nous vivons. Vraiment.

7 secondes (in God we trust) est une pièce qui mérite d’être vue, pour ce qu’elle secoue à l’intérieur de nous-même. Pour les minuscules déchirures qu’elle provoque notre vision du réel. Pour la remise en question nécessaire par laquelle nous devrions tous passer.

Magali Bossi

A La Parfumerie, des jeunes explosent d’énergie

Article dans Le Temps
Ecrit par Marie-Pierre Genecand
Le 8 mai 2019

Des bombes qui éliminent des villages entiers. Sous la direction d’Evelyne Castellino, la Bande J raconte la guerre selon Falk Richter. Bluffant.

Que les gens qui doutent de la capacité de travail des 15-17 ans se rendent d’urgence au Théâtre de la Parfumerie, à Genève! Là, 15 adolescents dansent, chantent et jouent la comédie avec une telle précision et une telle envie qu’on en ressort admiratif et séduit. La chorégraphe Evelyne Castellino n’est évidemment pas pour rien dans cette déferlante d’énergie. Depuis plus de trente ans qu’elle a fondé sa compagnie 100% Acrylique, l’artiste associée à sa fille Nathalie Jaggi a toujours conçu la scène comme le lieu des corps libérés et éloquents.

Ici, elle emmène la Bande J sur les traces de Falk Richter, ce dramaturge allemand dont les textes à la mitraillette explosent les faux-semblants. Le thème de Sept secondes (in God we trust), paru en 2003? L’opération Tempête du désert de Bush, ou comment des pilotes US ont été téléguidés à distance pour exploser des villages entiers. Et comment les Américains, au pays, ont célébré ce nettoyage au kilomètre carré.

Et si la guerre s’abattait sur nous?

Sauf que Richter est un peu sadique. Subitement, il plonge ces fans d’une émission de téléréalité à la gloire de l’US Army dans un état de panique. Une sirène hurlante les force à courir remplir leurs caddies en prévision de la pénurie. Et si la tragédie si lointaine s’abattait subitement sur nos contrées? questionne le dramaturge allemand. Et si le carnage du désert devenait notre réalité? tacle-t-il. En parallèle, on entend justement la voix de ceux qui ont tout perdu. Cette jeune fille (Eleonora Wuarin) qui a vu son village se désagréger sous ses yeux et qui, tétanisée, peine à témoigner.

On entend des récits et des paroles hachées, mais on voit surtout, et dès la scène initiale, des corps secoués. La compagnie Acrylique a toujours eu ce talent de chorégraphier des foules affolées. Alignés au fond de la salle, les jeunes s’avancent vers le public. Chacun sa silhouette, chacun son style. Ils marchent, s’arrêtent à deux pas des spectateurs qu’ils fixent, repartent. Ensuite, lorsqu’ils reviennent, une main s’agite, une tête se tourne, des épaules s’affaissent. Le grain de sable grippe la machine. Enfin, les corps se heurtent, se mêlent, se reconnaissent ou se défient, se retrouvent pour se séparer à nouveau, et, sur des musiques de cathédrale, c’est le bal de la solitude contemporaine qui se raconte fortissimo.

Gym à la télé

Plus tard, on rit avec une parodie de gymnastique télévisée. Et encore plus tard, on est ému par un solo de danse d’une fille légère comme une plume (Annaïk Juan-Torres) qui amène sa délicatesse dans cette satire musclée. Le chant aussi joue son rôle. Soli (Nicolas Koch, Morgane Haldi) et tutti reprennent l’absurde quête du bonheur dans un monde miné par la guerre.

Quant au texte, l’enchaînement de monologues, procédé cher à Richter, va du désarroi du pilote téléguidé par ses supérieurs (Lucien Thévenoz) aux diatribes sécuritaires d’un président US déchaîné (Basile Campanelli). Un ange subtil veille aussi sur l’aventure (Luna Desmeules). Mais ce qui reste de la soirée, c’est le formidable élan collectif d’une troupe soudée et dont, même s’il est impossible de tous les citer, on salue chacun pour la qualité de ses talents et de son investissement.

Sept secondes (in God we trust), jusqu’au 12 mai 2019, La Parfumerie, Genève.

Les passionnés de la Bande J interprètent la passion d’une jeune fille violée

Tribune de Genève – 19 avril 2018
Katia Berger

Théâtre – Evelyne Castellino canalise la fougue de sa troupe Acrylique Junior dans une «Amygdale» fruit d’un travail collaboratif.

Il serait temps qu’on rende à Evelyne Castellino – et à sa coéquipière Nathalie Jaggi – l’hommage officiel qui lui est dû. Pour ses trente-cinq ans à la tête de la compagnie genevoise 100% Acrylique. Pour ses créations pluridisciplinaires qui s’abreuvent à un répertoire allant de Gogol à Shakespeare, de Hugo à Salinger. Mais surtout pour son inlassable engagement de maïeuticienne au sein de sa troupe Junior – dite la Bande J. Alors qu’elle présente le nouveau fruit de son labeur annuel avec 16 élèves âgés de 16 à 19 ans, voilà qui méritait d’être posé.

Joliment titré «L’Amygdale», le spectacle porte à nouveau la griffe artistique de la Castellino – griffe qu’elle partage jusqu’à un certain point avec son compagnon Serge Martin, pédagogue mieux connu grâce à la réputation de son école de théâtre. Passages dansés, chantés, filmés et joués s’enroulent ainsi dans un équilibre soigneusement ménagé entre scènes de groupe et monologues, histoire de donner tour à tour à chacun la vedette.

Tous les apprentis comédiens ont également eu voix au chapitre dans la composition du texte, finalisé par la cheffe de meute sur la base du roman «Kinky Birds» (Elsa Poisot) et de leurs témoignages respectifs. Avec l’atout qu’implique cette participation active: enrichir de vécus le thème de la violence sociale – viol, islamophobie, homophobie, harcèlement… Mais aussi avec ce bémol corollaire: des dialogues maison, moins aptes qu’un classique à exalter le jeu des acteurs.

Deux éléments plus théoriques fournissent néanmoins un apport non négligeable à la belle énergie qui circule sur le plateau. Le premier explique la non-assistance à personne en danger, lors du viol d’une jeune femme dans le métro, par la «diffusion de la responsabilité», ce réflexe psychologique qui conduit à se reposer sur la réaction supposée d’autrui. Le second, lui, se penche sur le fonctionnement de l’amygdale, cette petite zone du cerveau où vient s’imprimer à jamais la mémoire émotionnelle qui échappe à la conscience: traumatisme subi, silence rompu, ou jubilation artistique au son de «Quand on arrive en ville»…

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L’Ecole Serge Martin cause un bouchon à Carouge

«Déviations», réponse scénique genevoise à «La La Land».
Image: ALICE DENYSE MATTHEY

Embouteillage annoncé du côté de Carouge! Sous le hangar Baylon, au 4 de la rue éponyme, une dizaine de voitures constituent, frein à main serré, la scénographie de Déviations, le spectacle de sortie de la volée «Les Etincelles» formée à l’Ecole Serge Martin. Pour les élèves qui finissent leur apprentissage, pour l’école qui fait peau neuve, pour une société qui tourne à vide, pour une économie qui va dans le mur, «qu’est-ce qui se passe quand tout s’arrête?», «qu’est-ce qu’on fait pour que ça roule mieux?» Telles sont les questions, à la fois graves et légères – symboliques en tous les cas – qui se posent aux onze Nadim, Bastien, Alice et autre Emilia emmenés vers leur diplôme par Serge Martin et Michel Faure.

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Acrylique Junior joue à vous attraper le cœur

Théâtre: Nathalie Jaggi et Evelyne Castellino adaptent à la Parfumerie le totémique roman de J.D. Salinger.

Ceux qui l’ont lu n’ont pas pu l’oublier. Depuis soixante ans, L’Attrape-Cœur (The Catcher in the Rye en v.o.) marque à vie l’esprit des adolescents. On prétend même que le récit ayant rendu célèbre J.D. Salinger (1919-2010) a rempli, pour beaucoup, la fonction de meilleur ami – de «seule personne capable de vous comprendre», dira l’écrivain français Eric Neuhoff.

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