C‘est compliqué d’être belle quand on est une ordure
Du 24 avril au 3 mai 2026
du mardi au samedi à 20h
Dimanche à 17h
LA PARFUMERIE
Dans le ciel, plus de sacs poubelle que de nuages. C’est pour ça qu’on ne lève plus les yeux. Les tempêtes sentent la javel et le plutonium. Les montagnes sont faites de grille-pains, de peluches mouillées et de souvenirs en morceaux. Ici, la pollution sauvage a fait société. On vit en famille nucléaire, autour d’un coeur instable prêt à entrer en fission.
Un hiver sans neige nous guette. Un hiver blanc de cendres. En errance dans ce monde de l’immonde, qui s’étend à perte de vue.
À la recherche de la poésie. Celle qu’on respire à contre-coeur, mais qui reste longtemps dans le nez.
JEU : Amorim Neto Valentine, Arintsoa Liana, Ben Zaid Fabio, Berlin Camille, Bolivar Eva, Delapierre Vivian, Duss Olivia, Gil Sarmiento Santiago, Lob Maja, McCrae Eileen, Mota Chalier Anahita, Moutet Raphaël, Nicolet-dit-Felix Zoé, Philémont Eloi, Ribi Mael, Zahn Liv, Zanni Nour.
Texte et mise en scène :Léon Boesch et Lucien Thévenoz
Lumières : Francesco Dell’Elba
Aides diverses et variées : Evelyne Castellino
Ateliers chorégraphiques : Lua Gomes, Léa Batoua
Univers sonore : Léon Boesch et Lucien Thévenoz
Costumes : Spooky Dolls Surgery
Administration : Evelyne Castellino et Lino Eden
Affiche et dessin :Mael et @c4imol_str
Responsable technique : Rémi Scotto di Carlo
Responsable Grand Café : Jeremy Verlooven
Merci à : Lou Ciszewski, Théâtre du Loup et Felicia Baillard
La Bande J prépare la fin du monde
Âgé-e-s de 16 à 21 ans, les interprètes en herbe de la Bande J jouent, C'est compliqué d'être belle quand on est une ordure à la Parfumerie pour 9 soirs dès le 24 avril.
Théâtre. L'heure est à la météo émotionnelle du jour lors de notre arrivée à la Parfumerie, samedi après-midi. Réuni-e-s en cercle sur la terrasse, les 17 interprètes de la Bande J prennent le temps d'évoquer frustration ou réussite des répétitions. L'ambiance est encore flottante, légèrement dispersée.
Léon Boesch et Lucien Thévenoz, les deux metteurs en scène, débrident le filage de la veille. L'investissement monte d'un cran lorsqu'il est question des modifications à venir. Les questions fusent et les esprits s'animent. La répétition peut débuter.
Faux-semblants à la poubelle
"Au commencement, c'était le fin du monde" Ainsi démarre C'est compliqué d'être belle quand on est une ordure, un spectacle qui ne se laisse pas résumer facilement. De quoi ça parle? La question posée aux interprètes provoque sourires et hésitations. Santiago y voit une idée politique. : " Ça montre les côtés obscures de ce dont les gens sont capables dans un état de survie, qu'elle soit sociale ou vitale." Pour Anahita: "ce n'est pas tant le texte qui importe dans cette pièce, c'est plus l'atmosphère et l'ambiance". Les mots qui la décrivent le mieux, selon elle? "Morbide et rigolo."
La pièce met en scène deux mondes que tout oppose: les fouille-merde, bande de survivant-es installé-es dans une décharge, et la famille Scaramouth, bourgeoise et obsédée par la propreté, retranchée dans son château. La fin du monde rôde mais on y chante et on y danse, quelque part entre la comédie musicale et le théâtre de l'absurde.
Pour Lucien Thévenoz, les thèmes de fond ne se sont vraiment révélés que lors du filage de la veille. « Ça parle de vide et de et d'absence de perspective. On est juste avant la fin du monde, avec des gens qui doivent essayer de vivre dans un moment qui ne débouche sur rien. » Mais la noirceur n'est pas le dernier mot de la Bande J « À cela, on souhaite amener une réponse de folie collective et de liberté. On veut que ce soit optimiste.
Explorer sans limite
Léon Boesch et Lucien Thévenoz ont terminé ensemble leur formation à l'école Serge Martin à Genève, il y a 2 ans. Comédiens professionnels, ils endossent depuis l'an passé, une nouvelle casquette, celle de metteurs en scène. « La mise en scène est difficile d'accès : il faut porter ses projets, trouver une équipe, un plateau et des dates, explique Léon. Ici, on se retrouve catapulté comme des princes. On est accompagné par une équipe formidable. Et les dix-sept interprètes se donnent à fond pour leur seul spectacle de l'année. »
L'opportunité leur a été offerte par Evelyne Castellino, fondatrice de la compagnie 100% Acrylique et de son bras junior, la Bande J. Ils en sont les premiers à reprendre le flambeau après elle, une position qu'ils décrivent volontiers comme un entre-deux idéal : des conditions semi professionnelles - un théâtre et une place dans la programmation - mais une marge d'exploration que seul ce type de projet autorise. « La limite de jusqu'où on peut aller ne tient vraiment qu'à nous», résume Léon.
Le processus de création est à l'image de cette liberté. Le texte signé par les deux metteurs en scène s'est construit au fil d'une année d'ateliers avec les jeunes. Les deux tiers de la pièce sont écrits ; le troisième acte, lui, s'élabore en écriture de plateau. Pour construire leurs personnages, les interprètes ont passé par des « protocoles », des sessions d'improvisation avec costumes déformant, ambiance musicale et lumière.
Entre examens et planches
« À partir de cette exploration, on a créé nos personnages, explique Nour. Il y a aussi un côté angoissant étant donné qu'on n’est pas des comédien-nes profession-nelles. Parfois, on rame sans savoir si on va dans la bonne direction. » Une technique que les deux metteurs en scène revendiquent pleinement.L'objectif n'étant pas seulement de monter un spectacle, mais aussi d'apprendre à se responsabiliser, à proposer et à habiter un plateau sans y être placé-e.
Âgé-es de 16 à 21 ans, les interprètes jonglent avec deux échéances : les représentations et les examens de fin d'année. « Ça me stresse parce que j'ai les examens de matu qui m'attendent. Mais j'y crois, ça va le faire », explique Camille, en dernière année de Collège, inscrite en médecine l'année prochaine.
Les jeunes ont consacré une semaine de leurs vacances à des répétitions en conditions professionnelles de 13 à 21h. Si tous et toutes ne visent pas d'en faire leur métier, leur rapport au théâtre restent particuliers estime Nour : « Je suis allée aux portes ouvertes de EHL et j'ai été rassuré de savoir qu'il y avait un cours facultatif de théâtre ! J'en fais chaque semaine depuis mes 4 ans et je ne me verrais pas ne plus avoir ce moment dans mon quotidien. »
Plusieur-es envisagent la suite du côté du Conservatoire de Genève, Anahita ne laisse aucun doute : « C'est effrayant de devenir comédienne, mais je sais que je ne dois pas laisser la crainte éteindre le feu de cette passion. Ça m'anime tellement fort, je ne vois pas ce que je peux faire d'autre. »
Photo: Cédric Vincensini


